Prospérité économique grâce à une croissance maîtrisée
29 avril 2026
La mise à jour économique du printemps de 2026, publiée le 28 avril, s’inscrit dans la continuité des politiques fédérales présentées précédemment dans le budget de 2025 et le plan des niveaux d’immigration 2026-2028. La mise à jour s’articule autour de quatre stratégies visant à rendre le Canada plus « abordable, prospère et sécuritaire » (Mise à jour économique du printemps, p. 5). Il s’agit notamment d’investir dans les métiers spécialisés, de renforcer la sécurité et le développement communautaire, de prendre des mesures pour améliorer l’accessibilité financière et d’investir dans des projets économiques nationaux. Les niveaux d’immigration resteront inférieurs à ceux des dernières années, tout en étant stratégiquement axés sur l’immigration économique. Ces politiques soulèvent certaines préoccupations liées au ralentissement de la croissance dans la région de l’Atlantique ainsi qu’au renforcement de la sécurité dans les centres de détention pour immigrants. Pour atténuer certains de ces risques, il sera crucial que le secteur de l’établissement et de l’intégration offre des services adaptés qui soutiennent – et aident à retenir – les personnes nouvellement arrivées dans la région de l’Atlantique.
Le contexte du budget de 2025
Dans son budget de 2025, le gouvernement fédéral a présenté l’immigration comme un moteur essentiel de la croissance économique (voir l’analyse d’ARAISA). Le gouvernement libéral, dirigé par le premier ministre Mark Carney, a démontré son engagement tant envers l’immigration que l’économie en intégrant le plan des niveaux d’immigration 2026-2028 au budget fédéral. Contrairement à l’ancien gouvernement libéral – qui avait abouti à un nombre record de 483 655 admissions de résidences permanentes en 2024 (Gouvernement ouvert) – Carney a privilégié des niveaux plus bas d’immigration, mais aussi plus stables. Ainsi, le gouvernement de Carney a stabilisé l’immigration à 380 000 admissions pour les trois prochaines années, tout en réduisant de 25 % les admissions de résidents temporaires pour 2026. Le budget de 2025 a en outre accordé la priorité aux personnes immigrantes qui s’inscrivent dans la politique économique du gouvernement fédéral. Les priorités comprenaient le soutien à la reconnaissance des diplômes étrangers, le recrutement de talents internationaux dans les domaines de la recherche et de l’innovation, et la transition des titulaires de permis de travail vers la résidence permanente. Un élément central de la politique économique du gouvernement est l’Examen exhaustif des dépenses, qui réduit le financement de la plupart des ministères fédéraux, y compris une réduction de 15 % pour Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).
Ce que dit la mise à jour
La mise à jour économique du printemps de 2026 met l’accent sur une immigration « durable », conforme au budget précédent et au plan de stabilisation des niveaux d’immigration. La mise à jour souligne une baisse de 64 % des demandes d’asile, de 71 % des arrivées de travailleurs étrangers et travailleuses étrangères temporaires et de 75 % des arrivées d’étudiants étrangers et d’étudiantes étrangères par rapport à 2024 (p. 72). Parallèlement, elle réaffirme les efforts visant à attirer et à retenir les immigrants qualifiés afin de façonner l’économie nationale. Cela inclut les initiatives déjà mentionnées dans le budget de 2025 visant à « accélérer l’obtention de la résidence permanente pour un total de 33 000 travailleurs temporaires compétents qui travaillent déjà au pays » , ainsi qu’à « assurer la stabilité voulue aux personnes protégées au Canada en traitant les demandes d’au plus 115 000 personnes reconnues comme ayant besoin de protection » (p. 73).
La mise à jour présente le ralentissement de la croissance démographique, dû à la baisse de l’immigration, comme un facteur clé pour rendre le Canada plus prospère et plus abordable. Le gouvernement explique que les niveaux élevés d’immigration « ont poussé la croissance de l’offre de main-d’œuvre à un niveau que l’économie pouvait difficilement absorber », ce qui a exercé une pression sur le marché du travail (p.39).
En réduisant le taux d’immigration, le gouvernement prévoit « assurer un taux plus viable de croissance démographique et favoriser l’équilibrage du marché du travail en permettant de répondre aux besoins locaux, tout en tenant compte de la capacité des communautés à accueillir de nouveaux arrivants » (p. 39).
De plus, à mesure que la croissance démographique ralentit, le gouvernement prévoit que l’accessibilité au logement « redevienne plus viable, ce qui atténue les pressions liées à l’offre et à la demande qui avaient fait monter le coût du logement dans les dernières années. » (p.42).
Si cette stratégie peut s’appliquer à l’échelle nationale, elle suscite toutefois des inquiétudes dans les provinces de l’Atlantique. L’accroissement naturel (naissances moins décès) est en baisse constante depuis des décennies dans toutes les provinces de l’Atlantique. De plus, l’accroissement naturel est négatif (c’est-à-dire qu’il y a plus de décès que de naissances) chaque année à Terre-Neuve-et-Labrador, en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick depuis une décennie ; à l’Île-du-Prince-Édouard, il est négatif chaque année depuis 2018 (Statistique Canada). De ce fait, la région dépend fortement de l’immigration pour assurer la croissance démographique et constituer sa main-d’œuvre. Sans une immigration importante, la région risque de perdre une grande partie de la dynamique de croissance dont elle a bénéficié ces dernières années (Forum des politiques publiques).
Une autre mesure préoccupante concerne les initiatives en matière de sécurité visant à renforcer « l’intégrité du système d’immigration » (p. 97). Ces initiatives comprennent l’octroi de 238 millions de dollars sur deux ans (moins 153 millions de dollars provenant des ressources existantes) à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) « pour qu’elle embauche, dans les centres de surveillance de l’immigration des gardiens ayant suivi une meilleure formation en sécurité » et de 52 millions de dollars sur cinq ans à l’ASFC et au Service correctionnel Canada « pour qu’ils mettent à l’essai des technologies visant à empêcher les communications non autorisées et la livraison de produits de contrebande dans les établissements correctionnels et les centres de surveillance de l’immigration ». (p. 97) De telles mesures risquent de créer des obstacles supplémentaires pour les personnes nouvellement arrivées tout en nuisant potentiellement à la réputation du Canada en tant que pays accueillant pour les personnes immigrantes et réfugiées.
Prochaines étapes pour le secteur de l’accueil et de l’intégration ?
Bien que la mise à jour comporte certaines mesures préoccupantes, il est possible d’atténuer les difficultés en tenant compte de la diversité des besoins régionaux du pays. Les prestataires de services d’établissement devraient se préparer collectivement à dialoguer avec le gouvernement fédéral lors des prochaines consultations afin de garantir que les besoins du secteur et des régions soient pris en compte. Certaines organisations pourraient être en mesure de continuer à offrir le Programme communautaire des bénévoles en matière d’impôt (p. 121) – renouvelé pour trois ans –, qui aide les personnes à faible revenu, y compris certaines personnes nouvellement arrivées, à remplir leur déclaration d’impôt.
Dans l’ensemble, compte tenu de la baisse des niveaux d’immigration, le secteur de l’établissement et de l’intégration doit se concentrer sur le soutien à chaque personne nouvellement arrivée qui accède aux services. En fournissant des services ciblés, coordonnés et fondés sur des données probantes, le secteur peut contribuer à l’intégration des personnes nouvellement arrivées dans nos communautés locales et les aider à prendre la décision de rester dans la région de l’Atlantique.
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